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[Le récap’] 3 Mai 2021 : ouverture du procès opposant Epic Games à Apple ! (ouverture des festivités…)

Intro

De gauche à droite : les dossiers du procès Epic Games – Apple et,
le dirigeant d’Epic Games, Tim Sweeney, le 3 Mai 2021 (Oakland, Californie, Etats-Unis)
(Source : AFP)

 

Actualité originelle du 5-6 Mai 2021

 

Évènement programmé pour le Printemps-Eté 2021, l’action juridique d’Epic Games à l’encontre d’Apple se poursuit via l’amorce des premières argumentations. Pendant plusieurs semaines, les échanges verbaux, contre-attaque et offensives s’enchaîneront avec, au centre, la place de l’AppStore et son rôle vis-à-vis, notamment, de la fameuse question de la commission.

 

Pour ceux et celles qui auraient eu la (mal)chance de ne pas suivre l’affaire de près, la querelle prend ses racines du côté des studios Epic Games :  le 13 Août 2020, pour protester contre la douloureuse (une commission à hauteur de 30 % demandé par Apple pour les développeurs qui, de leur plein gré, désirent faire la promotion de leur application sur l’AppStore), Epic Games décide, sans en parler au préalable avec Apple (amiable, téléphone, restaurant, vidéo-conférence, mail… les choix ne manquant pas), de violer les accords du contrat qui le lie avec l’entreprise de Cupertino en proposant sa propre interface de paiement pour le jeu vidéo mobile Fortnite. A l’époque, un écran de paiement permettra d’avoir beaucoup moins cher (20 % de rabais ou de ristourne) la monnaie virtuelle du jeu, les V-bucks. Bien évidemment, Apple a été forcé de réagir en conséquence en retirant l’application mobile du magasin en ligne. Voici un extrait de sa réponse de l’époque, en Août 2020 : “Epic a des applications sur l’App Store depuis une décennie, et a bénéficié de l’écosystème de l’App Store – y compris ses outils, ses tests et sa distribution qu’Apple fournit à tous les développeurs. Epic a accepté librement les conditions et les directives de l’App Store et nous sommes heureux qu’ils aient bâti une entreprise aussi prospère sur l’App Store. Le fait que leurs intérêts commerciaux les amènent maintenant à faire pression pour obtenir un arrangement spécial ne change rien au fait que ces directives créent des conditions équitables pour tous les développeurs et rendent le magasin sûr pour tous les utilisateurs. Nous ferons tout notre possible pour travailler avec Epic pour résoudre ces violations afin qu’ils puissent retourner Fortnite sur l’App Store“.

Et, bien évidemment, Epic Games a critiqué cette action en passant très vite à l’offensive via des actions judiciaires qui se sont rapidement enchaînés. Au final et après moultes rebondissements – via des requêtes et plaintes – Apple a eu gain de cause mais a du, tout de même, conserver la partie Unreal Engine du fait que le moteur de rendu (dont la popularité n’est plus à faire) concernait un trop grand nombre de jeux vidéos développés ou en cours de développement et que le retirer définitivement pouvait être un handicap, en finalité, pour la communauté d’éditeurs-développeurs qui l’exploitaient. Loin d’avoir enterré la hache de guerre et malgré des efforts certains d’Apple pour revoir ses taux de commission selon le CA annuel des entreprises ou studios (15 % : du jamais vu et deux fois moins que le taux unique pratiqué jusque-là), Epic Games avait confirmé qu’il irait jusqu’au procès ; et jusqu’au procès il est allé.

Depuis le 3 Mai 2021 et sous la présidence du Juge Yvonne Gonzalez Rogers (qui avait déjà présidé cette affaire de près, l’an dernier) chaque partie expose ses arguments et contre-arguments entremêlés de faits, exposés via des documents internes aux deux entreprises. Voici une sélection de ces derniers (jusqu’au 5 Mai 2021) :

 

  • Paiement cross-plateforme (cross-wallet) : il s’agit de la possibilité d’acquérir ou d’acheter une monnaie virtuelle d’un jeu mobile ou d’un jeu vidéo depuis un terminal (smartphone, tablette) donné pour ensuite le dépenser, au besoin, sur un autre terminal donné. Dans les lignes générales, il s’agit ni plus ni moins d’avoir un porte-feuille virtuel central qui pourra être compatible d’un éditeur vers un autre éditeur. Cœur de cette affaire, Epic Games voudrait pouvoir jouir de la vitrine qu’offre l’AppStore (en contrepartie d’une commission proportionnelle, désormais, au CA annuel d’une entreprise) tout en se réservant le droit exclusif ou majoritaire, alors, de faire passer ce type de transaction (de paiement) depuis son site Web. A l’époque et comme (re)souligné, outre le site Web (qui était bien sûr une piste commerciale privilégiée par Epic Games), il y avait un autre choix (non-exploité par les studios) : faire transiter les consommateurs depuis Safari (navigateur Web Apple) ce qui permettait à Epic Games d’outrepasser en toute légalité la commission. Un point rétorqué par les avocats d’Apple qui a été soulevé par la Juge (cette dernière, en finalité, concluant que la solution exclusif privilégiée par Epic Games auraient fait augmenter les achats impulsifs sur le store du jeu vidéo, du fait d’un accès plus rapide, sans étapes intermédiaires) : ” Pourquoi les utilisateurs d’iPhone ne pouvaient-ils pas acheter des V-Bucks via Safari, a-t-elle demandé, avant l’interdiction de Fortnite en Août ? Le PDG d’Epic, Tim Sweeney, a admis qu’Epic aurait pu ajouter la fonctionnalité – mais “ce n’était pas une option très attrayante pour nos clients”, lui a dit Sweeney. Si quelqu’un veut acheter des V-Bucks, a-t-il déclaré, il y a de fortes chances qu’il regarde déjà un article dans Fortnite. “Mettre Fortnite de côté et retirer un appareil, naviguer sur un site Web, vous connecter, y effectuer une transaction, c’est extrêmement gênant.” En bref, “il y a énormément de traitement des paiements et de frictions avec les clients associés à la vente à un utilisateur d’une application d’un article en dehors de cette application“, selon les propos relayés par TheVerge, le 4 Mai 2021. Epic Games, dans le cadre de ce point, était soutenu par deux témoins : Nvidia (section Cloud-gaming) et le développeur d’une application de yoga, Down Dog. Le dirigeant de Yoga Buddhi, Benjamin Simon, a évoqué la difficulté, de son point de vue, de pouvoir faire la promotion de son application ailleurs que sur le magasin en ligne d’Apple. Un prix réduit est appliqué sur la dite application si cette dernière est acquise autrement que depuis l’AppStore ;

 

  • Paiement cross-plateforme (cross-wallet), cas des consoles de jeux vidéos : pour sa défense, Apple a confirmé que rien n’était fait pour contrecarrer les achats ou paiements de la monnaie virtuelle relative à Fortnite, au sein des systèmes Apple (iOS). L’argument énoncé en premier point est répété par Apple qui évoque que l’AppStore n’était pas le seul moyen pour le consommateur de transiter. Dès 2018, Epic Games entrait en relation avec Sony pour négocier les contours du portage de Fortnite sous PlayStation 4 dont une commission, est-il rappelé, est demandé par Sony (30 %). A l’époque des négociations, l’éditeur de consoles était même moins ouvert qu’Apple en ne permettant pas aux joueurs d’utiliser les V-Bucks qui auraient été préalablement achetés ailleurs, depuis un autre terminal (seul les V-Bucks acquis depuis l’environnement PlayStation étaient compatibles, contrairement à Apple). Bien évidemment, la question de la négociation avec Sony est soumise à Epic Games (surtout qu’il s’agit du même taux de commission) : Tim Sweeney explique qu’entre les bénéfices des partenariats (y compris avec Microsoft) et les pourparlers qui sont engagés, la douloureuse, apparemment, passe un peu mieux…
  • La juge qualifie Fortnite de jeu freemium (son fondateur, Tim Sweeney, qualifiant le jeu mobile de “métaverse noble”) : un jeu mobile en accès et téléchargement gratuit mais avec du contenu (dans l’application : in-app) partiellement ou totalement payant. Un jeu où les étapes intermédiaires sont dangereusement inexistantes (autant pour les adultes que les enfants) et qui place le consommateur, bien souvent malgré lui, en situation de dépendance, ce qui peut parfois provoquer des disputes, après un certain point de vue observé depuis le compte bancaire et rien que pour une session de jeu ;

 

  • Epic Games Store : Tim Sweeney confirme, suite à une question des avocats d’Apple, que la boutique en ligne officielle n’est actuellement pas rentable. “Ce sont des centaines de millions de dollars en-dessous du seuil de rentabilité” dont il serait question, selon l’un des live-tweets d’Adi Robertson (TheVerge), le 3 Mai 2021. Dans un document interne à Epic Games et dévoilé lors du procès, pour la période comprise entre Décembre 2018 et Septembre 2019, les studios ont offert 38 jeux mobiles soit plus de 11,6 M de dollars. Une promotion (légitime) stratégique qui a permis d’attirer environ 5 M de consommateurs (nouveaux). Soit, rien que pour cette période, une perte unitaire (par consommateur) de 2,37 dollars, selon les propos relayés par le webzine. Même procédé pour les jeux ou exclusivités à venir : une avance ou un acompte de 146 M de dollars a été fournie pour le jeu Borderlands 3, selon les mises en lumière de Simon Carless, le 4 Mai 2021 ;

 

  • AppStore, décentralisation des applications mobiles du magasin en ligne : selon un autre document mise en relief au cours du procès “il ne semble pas tenable pour Apple d’être le seul arbitre de l’expression et du commerce sur une plate-forme d’applications approchant un milliard d’utilisateurs“, était-il mailé par Tim Sweeney, à l’encontre de Tim Cook (dirigeant actuel d’Apple), le 26 Juin 2015. Ici, une autre question est soulevée (autre que la rémunération par commission) : le fonctionnement-même de l’AppStore. Celui-ci est remis en cause par le dirigeant d’Epic Games qui voudrait qu’Apple puisse se caler à la manière de Google et de son Play Protect avec, un service de sécurité et de confidentialité des applications mobiles pour, en finalité, permettre de mettre en avant des applications mobiles “de meilleure qualité“, estimerait Tim Sweeney. A l’époque, c’est un certain Phil Schiller qui a reçu le mail (transmis par Tim Cook) et qui a, tout simplement, envoyé en retrait Tim Sweeney en se demandant qui était cette personne alors-même que peu de temps avant, lors de la WWDC de cette même année, le fondateur des studios vantait l’usage de l’API Metal. Finalement, il faudra attendre le 5 Janvier 2018 pour que le co-fondateur des studios, Mark Rein revienne à la charge pour organiser une rencontre avec Greg Joswiak (Apple) : “il était définitivement réceptif à l’idée […] ce qui ne veut pas dire que ça ira n’importe où, mais cela veut dire qu’il alignera des gens qui écouteront et ne l’abattront pas comme Phil Schiller le ferait […] alors peut-être y a-t-il une moindre petite fissure sur la surface très extérieure des nombreux pieds de glace recouvrant le lac gelé qu’est l’Apple Store”, a ainsi confirmé Mark Rein. Autre point, enfin : Epic Games voudrait que la plate-forme soit plus ouverte en permettant à des magasins tiers ou concurrents de distribuer les applications mobiles Apple ;
  • Accord amiable contractuel avec Apple : l’idée serait envisagée, selon la réponse fournie par le dirigeant d’Epic Games à un des avocats d’Apple. “Si Apple vous avait dit que l’accord ne serait qu’avec vous et aucun autre développeur, auriez-vous accepté cet accord ?”. “Oui, je l’aurais fait“, selon les propos relayés sur Twitter par Nick Statt, le 4 Mai 2021.

 

 

 

C’est au cours de ce déballage de pièces et documents internes qu’un mail, en aparté, est venu en surbrillance ; plus précisément un mail d’excuse non-pas à destination d’Apple (bien sûr) mais d’Ubisoft. En effet, le 11 Mai 2019, Epic Games assumait “entièrement” la responsabilité d’une faille survenue au sein de sa propre boutique en ligne. A l’époque, le jeu Division 2 avait fait l’objet d’un piratage assez conséquent (depuis le 9 Mai, selon le mail interne relayé par le webzine Kotaku) : plus de 70-90 % de transactions frauduleuses avaient été constatées. Des cyber-attaquants avait acquis le jeu (depuis des cartes de crédit volées) Ubisoft et avait crées un compte sur Epic Games pour, en finalité, revendre les accès-compte (vers Uplay) via des URLs ou liens illégaux. Après-coup, le 12 Mai 2019, l’option d’achat du jeu vidéo vers Ubisoft avait été désactivé mais il a fallu deux bonnes semaines pour que tout rentre dans l’ordre… A suivre !

 

 

 

Sources :

 




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