Le MDM qui fâche : quand Apple revoit ses restrictions pour certaines applications (avec conditions) !

Soucieux de prioriser une image vertueuse envers ses consommateurs, Apple semble incliner, pour l'heure du moins, doucement en faveur des développeurs face à l'affaire-polémique des MDM !

 

 

En effet, depuis quelques mois déjà, la pomme verte fait face à quelques problèmes concernant la diffusion de ses applications au sein de son App Store ; en cause principale : la mise en valeur de ses propres applications plutôt que des applications tierces, en interdisant certaines qui ne respecteraient pas la charge technique du genre liée aux MDM.

Les MDM (Mobile Device Management) constituent une manière d'analyser, de tracer ou encore de sécuriser un logiciel / une application afin de s'assurer, dans les fondements, que l'environnement sur lequel va être installé le logiciel / l'application soit compatible et / ou ne représente pas un risque d'instabilité (conflits logiciels...). Voilà dans les grandes lignes. En pratique, les règles sont libres mais des éditeurs-fabricants comme Apple peut refuser ou retirer une application d'un store si celle-ci est jugée dangereuse, douteuse pour la sécurité des données de l'utilisateur, par exemple.

Dès lors, le 3 Juin dernier, la pomme verte annonce, finalement une levée d'interdiction pour ces applications qui avaient été bannies dans un premier temps mais sous conditions :

  • Seront interdites, les applications qui compilent des informations qui n'ont pas attrait à l'utilisateur ou qui n'ont pas recueillis le consentement préalable de l'utilisateur (le cas des bases de données, même publiques, est cité) ;
  • L'usage du MDM ne pourra être toléré que lorsqu'il émane d'entreprises commerciales, d'organismes éducatifs ou d'agences Gouvernementales ; et, dans des certains cas "limités", les entreprises usitant le MDM pour le contrôle parental exclusivement ;
  • L'ensemble de ces règles mises à jour seront effectives sur l'App Store et ses applications à partir du 3 Septembre 2019.

 

L'affaire ne date pas d'hier : en Mars dernier, Spotify allumait la mèche en pointant du doigt les pratiques d'Apple, aux motifs que cette dernière opère depuis longtemps des règles "qui limitent délibérément le choix et étouffe l'innovation au détriment de l'expérience-utilisateur" tout en "agissant essentiellement à la fois comme joueur et arbitre pour désavantager délibérément les autres développeurs d'applications". Un reproche qui s'est incarné sous la forme d'une plainte déposée à l'encontre de la pomme verte et avec le soutien de la Commission Européènne dont Margrethe Vestager avait récemment commenté la situation à l'occasion de l'OCDE, selon les propos rapportés par Reuters, au 3 Juin dernier : "Nous examinons cette question et nous posons des questions sur ce marché, mais bien sûr également à Apple, pour lui permettre de répondre aux allégations".

Dans la foulée, l'éditeur de solutions anti-virus Kaspersky avait aussi exprimé sa perplexité : "Le changement de la politique d’Apple vis-à-vis de notre application (ainsi que de tous les autres développeurs de logiciels de contrôle parental) s’est notamment produit dans la foulée de l’annonce par la firme de Cupertino de sa propre fonctionnalité ‘Temps d’écran’ sur iOS 12", alarmait-il le 19 Mars 2019, dans un communiqué officiel.

Deux situations qui ont convergé vers un argument commun : l'abus de position dominante qui risque, avec de telles règles, de ne plus laisser trop de choix à l'utilisateur qui utilisera, fatalement, les mêmes applications ou logiciels dont ceux d'Apple qui sont, par défaut, auto-autorisés sur l'App Store. Si aboutie, l'affaire du MDM entâcherait très sérieusement la marque dont l'image avait déjà quelques peu été égratigné fin Mai 2019 : relayé par 9to5mac, le Washington Post, à l'aide de Disconnect, mettait à jour pas moins de 5 400 traceurs pour un smartphone embarquant l'OS mobile de la pomme verte, soit 1,5 Go de données mensuelles ; le tout téléchargé pendant la nuit par des sociétés comme Appboy (qui peut avoir une empreinte digitale) ou encore Demdex... Toutes ayant un lien légitime, cependant, puisque les traceurs d'activité permettent d'affiner une fonctionnalité d'une d'application ou tout simplement pour que cette dernière continue à fonctionner normalement.

 

Spotify proposait à l'époque, trois solutions : des applications qui sont étudiées, validées équitablement (y compris Apple Music : l'exemple a été mis puisque Spotify est une plate-forme de musique en streaming...), des solutions de paiement variées (pas uniquement Apple Pay) et une régulation qui interdirait aux App Stores de contrôler la diffusion marketing et promotionnelle au sein d'une application donnée.

Reste à attendre les réflexions, côte Europe, sur cette affaire qui fait déjà échos pour certain(e)s à la condamnation de Juillet 2018 d'Apple par la CE pour abus de position dominante, à hauteur de 4 342 865 000 d'euros... A suivre !

 

Source : Apple - 3 Juin 2019 - Mise à jour règles App Store.