Technologie : le rapport de l'UNESCO qui pointe du doigt une société numérique masculinisée !

Voilà de quoi, encore, alimenter tristement le rapport qu'entretient l'être humain avec la technologie ou, plutôt, l'homme : c'est en tout cas ce que pointe directement ce rapport de l'UNESCO. Dense de 146 pages, il est implacable : la technologie se construit au détriment de la propre émancipation féminine qui, dans ce domaine également, est éthiquement réduite à peau de chagrin quand ce n'est pas les stéréotypes ou autre concept misogynes qui sont usités dans la conceptualisation de certains outils, matériels high-tech, pour ne pas citer, entre-autres, les fameux assistants vocaux ou les GPS.

 

 

Intitulé "I'd blush if i could" (j'en rougirais si je pouvais), ce rapport retrace les inégalités de sexe dans le monde numérique (et les appareils technologiques utilisés dans ce contexte) depuis l’émergence des assistants vocaux, en 2011, et doit l'originalité de son titre à une réponse que donnait Siri (Assistant d'Apple) quand un utilisateur lui demandait "Hey Siri, es-tu une s..... ?". Si la firme de Cupertino avait rectifié le tir via une mise à jour courant Avril dernier, le rapport ne manque pas de mentionner que, malgré tout, ce type d'abus de langage n'a cessé d'alimenter une infériorité technologique de la femme par rapport à l'homme, amenant des situations socio-professionnelles, dans une société donnée, qui semblent de plus en plus difficiles à désentrelacer  : "aujourd'hui, les femmes et les filles ont 25 % moins de chances que les hommes d’appréhender la technologie numérique à des fins élémentaires, quatre fois moins de savoir programmer, et 13 fois moins de demander un brevet technologique. Au moment où chaque secteur est en train de devenir un secteur technologique, ces lacunes devraient faire tressaillir les décideurs, les éducateurs et les citoyens ordinaires". Selon le rapport, alors que les hommes semblent avoir un accès plus aisé à la technologie (on frôle 70 % en Turquie - environ 53 % pour les femmes -  voire 50 % en Tunisie, contre 28 % environ pour les femmes), l'écart est encore plus inquiétant sur la question de l'éducation / l'apprentissage des métiers numériques (11 % pour les femmes et 24 % pour les hommes, dans le cadre d'un enseignement basique type école primaire, maternelle), même si, ici, l'écart tend à se resserrer au fur-et-à-mesure que les études sont plus poussées (83 % pour les hommes contre 78 % pour les femmes, en études supérieures type Universitaires).

 

Une inégalité qui puise ses racines dans un apprentissage du ML (Machine Learning) déjà tronqué, avec seulement 12 % de données liées aux femmes contre 88 % pour la data concernant les hommes qui permet d'entrevoir une autre raison : la société elle-même qui alimente divers stéréotypes et ce, dès le plus jeunes âges (15-16 ans, selon les chiffres mis en exemple par l'OCDE) comme l'idée reçue que les garçons seraient plus doués pour les maths que les filles. Des habitudes qui ont la dent dure et qui finissent, suivant le caractère de chacune, dans ce cas, à faire des complexes d'infériorités. Un engrenage psychologique (parfois avéré : on peut ne pas être bon dans quelque chose mais cela reste dans une proportion, en théorie, marginale) qui fait son travail avec des tests qui, selon l'UNESCO, ont démontrés l'aptitude excellente à maîtriser les technologies de l'information et de la communication (TIC) alors que, dans la vie courante, ces mêmes personnes se sous-estimaient avec un score, dans ce domaine, très inférieur. Au final, faute de mieux, cela donne des cursus, apprentissages réussis (quand cela est possible, pour ces femmes, de le faire) mais, très souvent, pas dans le domaine de prédilection ou souhaité, avec, la branche sociale (61.3 %) ou éducative (70.2 %) largement choisie pour les femmes, au détriment d'études technologiques (29,2 %)... quand le diplôme est obtenue, insiste le rapport, du fait d'une population, dans le cursus TIC par exemple, beaucoup plus masculine que féminine ce qui amène un contexte relationnel, par défaut, peu équilibré. Alors, bien sûr, on a des acteurs technologiques qui mettent, depuis quelques années, les femmes en avant, comme Google à travers divers postes voire évènements (Google I / O), tout comme la concurrence qui fait de même. Une force qui reste, cependant, largement une faiblesse en terme de proportionnalité par rapport aux hommes qui, selon les chiffres de 2018 issus de Google, représentent encore 69,1 % (30,9 % pour la gente féminine) ; peut - beaucoup - mieux faire !

 

(Source : rapport 2019 UNESCO,
inégalité hommes-femmes TIC).

Comble de l'ironie - dont le paradoxe de l'égalité des sexes est mis à titre d'argument dans ce rapport - les pays les plus technologiquement et industriellement développés ne sont pas ceux qui traitent ou considèrent le mieux le droit des femmes dans le domaine numérique. On constate des inégalités au niveau de l'apprentissage de base (programmation), sauf pour le Qatar et le Montenegro qui frôle, au mieux, 1 % pour les femmes, le reste des pays du globe étant bien loin des recommandations éthiques à l'égard de la population féminine dans ce domaine ; l'extrême étant le Luxembourg (environ -13 %), la France affichant un "petit" -5 %... Un triste Eurovision du genre qui s'opère en faveur de la gente masculine. D'ailleurs, concernant toujours l’hexagone, parmi le nombre de diplômés dans le secteur TIC, 16,46 % concerne des femmes. Paradoxalement, seule la Syrie réussit une égalité parfaite (voire plus : 57,31 %). La Belgique bat des records avec seulement un taux de diplômées de 5,63 % dans ce domaine. Au final, des pays comme le Qatar, le Sri Lanka, l'Inde, le Maroc, l'Egypte, l'Arménie (pour ne citer qu'eux) sont amplement plus ouverts envers les femmes alors-même que les infrastructures, pour certains, ne s'y prêtent par forcément ou, du moins, ne sont pas aussi développées que dans des pays comme la France, l'Espagne, les États-Unis ou encore l'Italie.

 

Ce qui (r)amène, forcément, aux mêmes conséquences d'un type de population exclue ou marginalisé : la banalisation du non-respect avec ses dérives comme, dans ce domaine "numérique", la cyber-violence (73 % environ de femmes qui ont déjà essuyé ce type d'attaque sur le Web), l'usage sur Internet de l'image de la femme sans raison apparente (comme dans les publicités ou émission : vanter de la lessive ou faire une allusion salace avec une femme) comme un moteur de recherche dont l'arrière-plan qui montre une femme. Une instrumentalisation féminine de la société digitale qui renforce les secteurs concernés et qui permet, au final, toujours selon le rapport, d'avoir des assistants vocaux (Amazon est cité à titre d'exemple) qui refoulent des CV en filtrant certains termes ("club féminin...") ou mots ("femmes").

L'UNESCO préconise, dès lors, diverses solutions qui, là encore, demande la volonté des dirigeants de chaque pays du globe pour les faire appliquer et ainsi les inculquer dès le plus jeune âge et éviter des "mutations" de mentalités du genre :

 

 

  • Une formation en continuation quitte à reconsidérer le concept de cursus "classique" dans ce domaine technologique ou la veille se fait au quotidien, suivant la branche choisie (ML, programmation, cloud, data, analyste, architectes...) ;

 

  • La chasse aux langages et pratiques sexistes, à l'encontre des femmes dans la vie et sur le Web : dans le cadre d'une rédaction d'une offre d'emploi, où certains employeurs / chef de service ont encore la main trop lourde (ou ne réfléchissent pas assez !) sur certaines phrases ou termes ; un exemple ci-dessus ;

  • L'établissement et la régulation de quotas pour créer un équilibre hommes-femmes tout en créant des indicateurs pour contrôler le respect de cet équilibre ;

  • L'introduction, par défaut, d'une matière scolaire dédiée à la technologie de l'information et de la communication (TIC). Le Japon est cité à titre d'exemple puisque dès 2020, il permettra d'avoir, dès l'école primaire (!), une formation (gratuite) à la programmation informatique ; avec, en 2022, cette même matière accessible en école secondaire. En France, actuellement, il faut soit payer pour être formé (entreprise spécialisée) soit intégrer (là aussi, payant sauf école 42, notons mais il s'agit d'une unique école et à Paris) une école d'informatique dont la teneur des formations sont parfois à désirer ;

  • Le recrutement de personnels-enseignants dédiés ou qui, du moins, seront aptes à intégrer quelques modifications dans leur manière d'enseigner ;

  • Une formation spécialisée dans le domaine TIC pour les enseignants ;

  • Plus de soutiens pour les organismes ou entités qui construisent ou prodiguent une solution d'apprentissage autour de la technologie : le cas de la République Dominicaine est cité, via la CIPAF (Centre de Recherche pour l'Action Féministe) qui organise, à travers des clubs pour femmes, des formations en codage et en managment (clubs "STEM"), la Fondation Mozilla (avec, aussi, des clubs dédiés) ou - entres-autres - les États-Unis via "Girls who code" qui permet de regrouper les jeunes talents ou celles qui ont envie de se former aux métiers numériques ;

  • La création d'espaces sécurisés dédiés aux femmes, des centres ;

  • Renforcer la lutte contre le harcèlement en supportant et développant de nouvelles règles officielles pour les droits digitaux - et éthiques - des femmes au travail, en ne permettant pas un full-access pour certains postes clés (y compris admins) dans le but malveillant éventuel de surveiller la personne pour mieux la juger ou l'inférioriser ;

  • Utiliser plus fréquemment les investissements USAFs (Universal Services and Funds Access), des fonds qui permettent de promouvoir et de développer les moyens de communications et la connectivité pour un pays ou une tranche de population ayant un besoin technologique primaire, comme le fait la WWWF (Fondation World Wide Web) qui recommande, par ailleurs, une "allocation d'au-moins 50 % des fonds USAFs pour augmenter l'usage d'Internet des femmes", ce qui inclurait la formation, l'éducation dans un métier numérique ;

  • Une meilleure compréhension du secteur numérique pour les parents : selon le rapport, aux États-Unis, "seulement 25 %" des familles comprennent et acceptent pleinement la légitimité de ce domaine d'études quand leur(s) enfant(s) montre une volonté de poursuivre leur études. En clair : certains parents sont autant dépassés par la technologie que par son apprentissage, ce qui peut freiner leurs encouragements pour leur(s) enfant(s) ;

  • La mise en avant des mentors et modèles du secteur informatique, technologique.

 

 

Source : Rapport 2019 de l'UNESCO sur les inégalités entre hommes et femmes dans les métiers du numériques et l'usage des outils, appareils high-tech - Site officiel UNESCO ("I'd blush if i could").