[MAJ 5 / 4] "It is time" : quand le cofondateur de WhatsApp appelle au boycott de Facebook (les "Trumperies" de Cambridge Analytica) !

>>> Mise à jour du 5 Avril 2018 : Depuis hier, le 4 Avril, Facebook continue à faire son mea culpa en jouant la carte de la transparence, annonçant ainsi quelques 87 millions de personnes qui auraient été, en réalité, victimes de cette collecte de données à des fins politiques (contre les 50 millions annoncés par le NYT et The Guardian). Les États-Unis, sans aucune surprise (puisqu'il s'agissait d'analyser ou de prédire les votes des électeurs en faveur du Président Trump) étaient principalement visés par cette application (70,6 millions environ). Pour le reste, Facebook montre patte blanche en énumérant chaque fonction et évolution à venir de son système social, APIs comprises, pour mieux - tenter de - rassurer l'utilisateur sur ce sujet même si le mal a déjà été fait. Nul doute que l'affaire Cambridge Analytica aura marqué au fer rouge le réseau numéro un mondial qui a toujours oscillé dans les limites éthiques même si, là aussi, il n'est sans doute pas le seul. L'épineuse question de la data sera le chemin de croix de plus d'un lors du fameux règlement européen sur la protection des données, en Mai prochain... A suivre ! <<< 

 


Actualité du 22 Mars 2018

 

Loin des douceurs suaves et sucrées d'un certain bonbon - presque - fait par erreur, le scandale des données-utilisateurs amassées par Cambridge Analytica (via une application au sein de Facebook) et utilisées à des fins politiques lors des dernières élections présidentielles Américaines constitue une pilule amère qui a bien du mal à passer pour l'opinion publique, ternissant au passage l'image du réseau social. Coup final porté à cette affaire, un des fondateurs de WhatsApp se rallie au mouvement général et encourage les utilisateurs à quitter Facebook.

 

 

Une réaction vive de la part de Brian Acton, co-fondateur de WhatsApp (cédée à Facebook depuis Février 2014) qui fait suite aux remous provoqués par la mise en lumière d'une collecte de données de près de 50 millions de profil-utilisateurs en vue d'établir un profil psychologique ou socio-politique afin de mieux cibler l’électorat du futur Président des États-Unis, Donald Trump. Sous la coupe de la SCL (Strategic Communication Laboratories) depuis 2014, l'application "thisisyourdigitallife" était financée par des soutiens proches du candidat Trump, à l'époque, en 2016, tels que Robert Mercer (qui a investit 15 millions de dollars au sein de la SCL pour financer - indirectement... - ce projet) ou encore Steve Bannon, conseiller du Président Américain jusqu'en Août 2017.

 

De son côté, Aleksandr Kogan, chercheurs au centre de psychométrie à l'Université de Cambridge, accuse le coup et se dit victime du mauvais usage fait de l'application ainsi finalisée par ses soins : "je suis totalement utilisé comme bouc émissaire par Facebook et Cambridge Analytica. Honnêtement, nous pensions que nous agissions parfaitement bien [...] Ils m'ont approché [...] ils ont rédigé les conditions d'utilisation de l'application. Ils ont fourni l'avis juridique que tout était correct", tente-t-il d'expliquer à travers une interview retranscrite par TheGuardian quitte à relativiser, à la vue de la situation tendue actuelle, son rôle dans cette affaire : "l'exactitude de ces données a été extrêmement exagérée. Dans la pratique, ma meilleure estimation revenait à ce que nous soyons six fois plus susceptibles de nous tromper sur une personne, quand bien même nous devions tomber juste pour une personne [...] ce que Cambridge Analytica a essayé de vendre, c'est de la magie. Et il a prétendu que c'était incroyablement exact et il vous dit tout ce qu'il y a à dire sur vous, mais la réalité est tout autre".

 

Un point de vue globalement défendu par Facebook qui confirme que toutes les données-utilisateurs exploitées à des fins politiques sont issus de profils de personnes ayant donné leur accord : "Aleksandr Kogan a demandé et obtenu l'accès aux informations des utilisateurs qui ont choisi de s'inscrire à son application, et toutes les personnes impliquées ont donné leur consentement. Les gens ont sciemment fourni leurs informations, aucun système n'a été infiltré et aucun mot de passe ou information sensible n'a été volé ou piraté" ; entre d'autres termes, juridiquement, c'est légal même si, pour l'éthique et la moral (et pour l'image quelque peut entachée), le réseau social n'a pas manqué de signaler très brièvement sa décision de suspendre SCL du réseau. Enfin, faute de mea culpa, quelques demi-aveux résident dans le communiqué du 16 Mars dernier : "En 2014 [...] nous avons fait une mise à jour pour s'assurer que chaque personne décide quelles informations elle veut partager, y compris sa liste d'amis. Ce n'est que l'une des nombreuses façons de donner aux gens les outils pour contrôler leur expérience. Avant de décider d'utiliser une application, vous pouvez consulter les autorisations demandées par le développeur et choisir les informations à partager. Vous pouvez gérer ou révoquer ces autorisations à tout moment".

Toutefois, dans une publication récente (ndlr : il y a 8 heures, le 21 Mars, au moment de ces lignes !), Mark Zuckerberg annonce trois grands axes pour tenter de réguler ce problème global et quelques peu problématiques de la data sur son réseau social : Premièrement, une analyse voire un blocage des applications où transitent un nombre massif de données collectées avec des audits pour les partenaires et éventuellement les développeurs dont ces derniers pourraient être bannis s'ils n'acceptaient pas un tel protocole ; deuxièmement, une suppression des données si l'utilisateur n'a pas été actif sur l'application en question depuis 3 mois ou bien une limitation du partage des données (nom, photo de profil et adresse mail seulement pour une connexion donnée) ; troisièmement, enfin, une visibilité plus accrue de l'option des permissions par applications ("confidentialité") en mettant cette fonctionnalité déjà existante tout en haut du flux d'activité. Reste à voir, du côté des développeurs, ce que cette muselière sécuritaire, certes vertueuse pour le bien-être de l'utilisateur mais assez contraignante, donnera au quotidien avec ces contrats et clauses à approuver ou signer, au risque peut-être de voir certains déserter la plate-forme...

La tête de Kogan n'est pas la seule à tomber puisque le CEO de Cambridge Analytica, Alexander Nix, s'est vu officiellement destitué de son poste le 20 Mars dernier.

Si l'incident semble cautériser ses plaies, quelques-unes vont sûrement rester béantes pendant un temps, ne serait-ce que la douloureuse question de la vie privée et des types de collectes de données via le RGPD, qui rentrera officiellement en vigueur d'ici le 25 Mai prochain. La CNIL fourni - gratuitement - des outils permettant d'organiser ou de gérer cette étape en toute quiétude pour les développeurs avec "un délai raisonnable", en terme de rallonge, d'environ 3 ans à partir de la date de lancement... A suivre !

 

Source : NYTimes et The Guardian.